circulez il n'y a rien à voir

« Circulez, il n’y a rien à voir » : la réponse de la direction des prisons au Maroc à Human Rights Watch concernant l’isolement de Abdelkader Belliraj. Son épouse réagit.

(picture : dreuz.info)

Moins de 24 heures après la mise en ligne de l’article de Human Rights Watch (HRW) (article à lire ICI), l’administration pénitentiaire a réagi aux “allégations mensongères” de l’ONG internationale.
Pour l’administration des prisons, Human Rights Watch “cherche à propager une image erronée de la réalité des droits de l’Homme au Maroc et dans les établissements pénitentiaires en particulier”.

La Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) accuse HRW de “publier de fausses informations” et de “chercher intentionnellement à nuire à la réputation du secteur et à propager une image erronée de la réalité des droits de l’Homme au Maroc et dans les établissements pénitentiaires en particulier”.
Dans sa “mise au point”, la DGAPR précise que “le prisonnier, actuellement en détention à la prison Toulal 2, est placé dans une cellule répondant à toutes les conditions nécessaires d’hygiène (éclairage, aération…), comme il bénéficie de son droit à la promenade quotidienne d’une heure, durant laquelle il exerce ses activités sportives, à l’instar de tous les autres détenus hébergés dans le même quartier…  le détenu bénéficie de repas respectant le régime alimentaire qui lui a été prescrit par le médecin, tout en jouissant du droit de s’approvisionner en produits alimentaires à l’épicerie de l’établissement”. “Ce détenu fait l’objet d’un traitement spécial lui permettant d’accueillir sa famille même hors des jours qui lui sont fixés, pour des durées plus longues et en accueillant plus de visiteurs, du fait que sa famille ne réside pas au Maroc et ne lui rend pas régulièrement visite”, précise l’administration pénitentiaire. “Il bénéficie également de son droit d’appeler régulièrement sa famille et d’envoyer et recevoir des lettres.

La réponse de Rachida Belliraj : “Ce que Monsieur Tamek a oublié de mentionner” 

Dans un communiqué sous le titre “Ce que Monsieur Tamek à oublié de mentionner”, Rachida,l’épouse de Abdelkader Belliraj, s’adresse à Mohamed Salah Tamek, le délégué général à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR).

Elle écrit :
Selon Monsieur Tamek, Belliraj bénéficie d’une cellule éclairée et aérée, ainsi que d’une heure de promenade par jour. Ce que monsieur Tamek a oublié de dire, c’est qu’une heure de sortie par jour signifie 23 heures sur 24 d’enfermement en isolement total.

Et que même cette promenade se fait en solitaire et en isolement total, ce qui, déjà en soi, représente une violation de la loi et des règles Nelson Mandela.

Monsieur Tamek nous énumère les droits basiques et élémentaires dont bénéficie Belliraj comme s’il s’agissait d’un luxe ou d’une aumône octroyée grâce à sa bienveillance : droit d’acheter au magasin, droit de téléphoner à sa famille, droit de visite (aussi rare soit-elle).
Monsieur Tamek a oublié de mentionner le droit de respirer de l’air frais, lui aussi octroyé à Belliraj grâce à sa générosité.

Quant au régime alimentaire selon la prescription du médecin évoqué par Monsieur Tamek, il consiste en ce qui suit : une tomate, une patate, un oignon, parfois un œuf ou une portion de fromage et un pain.

Belliraj déclare être littéralement affamé depuis la suppression du couffin, c’est-à-dire depuis que la nourriture ne provient plus de l’extérieur de la prison. De quel régime parle Monsieur Tamek dans ce cas ?

Quant au droit de visite de longue durée pour la famille et plusieurs membres de celle-ci, Monsieur Tamek mentionne que les visites sont peu fréquentes mais il a oublié de dire que ce problème est dû au refus catégorique de son administration de transférer Belliraj vers une prison proche de sa famille, comme c’est le cas pour tous les autres détenus du dossier.

Et ce malgré les demandes répétées formulées par Belliraj ainsi que ses avocats et sa famille. Demandes qui ont toutes essuyé un refus catégorique et non motivé.

Monsieur Tamek n’a pas dit que le juge d’application des peines qui a visité Belliraj lui a signifié clairement que ses conditions de détention étaient illégales.

Et pour ne pas en rester seulement au niveau de la survie, parce qu’un être humain a d’autres besoins à combler en dehors de la bouffe (ou de la malbouffe), le contact humain et l’activité physique, ajoutons que Belliraj est un homme cultivé et instruit, qui est détenu pour une longue durée.

Si le but de l’incarcération n’est pas la destruction psychologique et mentale du détenu, pourquoi lui refuse-t-on l’accès à la bibliothèque de la prison, où il aimerait se rendre, bien qu’il en ait formulé la demande à plusieurs reprises ?



About

Prison activist and editor. Luk Vervaet is the author of « Le making-of d'Anders B. Breivik » (Egalité=Editions, 2012), « Nizar Trabelsi : Guantanamo chez nous ? (Editions Antidote, 2014), " De grote stap achterwaarts, teksten over straf en gevangenis" (Antidote & PTTL, 2016). He is co-author of « Kim et Ken, mes enfants disparus » (Editions Luc Pire, 2006), « Condamnés à la prison? Ecrits sur un monde caché » (Revue Contradictions, 2008) et « L'affaire Luk Vervaet : écrits sur un interdit professionnel » (Revue Contradictions, 2011).


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