Enfants de détenus dessin

Condamnés collatéraux : Les enfants de détenus (extrait du rapport du Quaker United Nations Office juin 2012)

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Extrait pages 54 et 55.

“Les effets sur les enfants

Lorsqu’on a demandé à Mark ce qui lui manquait le plus, maintenant que sa maman n’était pas avec lui, il a répondu : « L’amour, recevoir des choses et des trucs comme ça, et des choses pour jouer. » (290)

Principe général : L’incarcération d’un parent peut affecter tous les domaines de la vie d’un enfant et l’étendue de ces effets devrait être identifiée.

L’incarcération d’un parent peut provoquer chez les enfants des effets nombreux et divers, comme notamment des changements affectifs et comportementaux, un impact sur leur santé mentale et physique et ceux-ci peuvent amoindrir leurs chances de succès dans la vie. La stigmatisation et les attitudes des autres gens peuvent jouer un rôle important dans la manière dont l’incarcération du parent affecte les enfants. Alors que beaucoup d’enfant, certainement la plupart d’entre eux, en sont touchés négativement, « pour certains enfants, l’éloignement du parent apporte sans aucun doute un soulagement ».(291)

L’étendue des effets et leur type diffèrent selon les enfants, même au sein d’une même famille,(292) et selon qu’il s’agit des filles ou des garçons, entre ceux dont la mère, et non le père, est incarcérée, et entre enfants d’âges différents.(293)

Les enfants de parents emprisonnés « vivent en général dans des environnements à haut risque et subissent une foule de conséquences »(294) de la situation de leurs parents. Certains des problèmes qu’ils doivent affronter existaient peut-être avant l’emprisonnement des parents, d’autres apparaissent uniquement à la suite de l’incarcération. Ce que vivent les enfants de détenus n’est pas universel, aussi les réponses qu’on leur donne doivent-elles être individuelles.

Effets sur les enfants – impacts sur la santé et l’affectivité

La santé mentale et physique de même que le bien-être peuvent être affectés par l’emprisonnement d’un parent, ou même d’autres proches : «C’est dans la relation et sa perte que le deuil se situe principalement, et non pas dans la question de l’identité du parent. »(295à

Au nombre des effets sur la santé physique, on peut mentionner l’énurésie nocturne et l’insomnie, de même que l’automédication par des drogues et de l’alcool.(296) Parmi les changements de comportement, on note la dépression, l’anxiété, la colère et l’hyperactivité. La plupart des participants à une étude menée en Aotearoa/Nouvelle Zélande pensent que la santé des enfants « s’est détériorée depuis que le parent est en prison ».(297)

Des problèmes particuliers sont propres aux jeunes enfants, parce que la séparation précoce d’avec la mère peut provoquer « des difficultés à long terme, comme les troubles de l’attachement à autrui, l’inadaptation affective et des troubles de la personnalité ».(298) « La continuité dans la prise en charge est un facteur de prévention des risques pour les enfants dont la mère est en prison » ; (299) la mère est souvent « la seule ‘ancre’ à laquelle les enfants s’accrochent, et lorsqu’elle est emprisonnée, ils ‘vont à la dérive’. »(300) L’incarcération d’un membre de la famille peut avoir le même effet qu’un deuil, mais alors que « les enfants seront soutenus dans le cas d’un décès dans la famille, lorsqu’il s’agit d’un emprisonnement, la famille s’efforce souvent de le cacher, même à l’enfant, en limitant par là même l’accès que celui-ci peut avoir à l’aide ou même la possibilité de parler de ce qu’il ressent. »(301) Il est parfois plus nuisible pour des enfants d’être séparés de parents du fait d’une incarcération que s’il s’agissait d’un divorce ou d’un décès.(302)

On connaît une foule d’impacts mentaux et affectifs.

Les enfants de parents incarcérés « courent plus de risques de souffrir de problèmes de santé mentale, ainsi que de comportements asociaux et délinquants par rapport aux autres enfants que leurs camarades »(303) : 30% des enfants dont les parents sont emprisonnés au Royaume-Uni souffrent de désordres mentaux, en comparaison avec 10% dans Bureau Quaker auprès des Nations Unies — 55 l’ensemble de la population. (304)

Selon des recherches, ils sont plus vulnérables à la crainte (particulièrement les plus jeunes), au sentiment de honte, d’’anxiété, de colère, de tristesse, à la dépression, au sentiment de culpabilité et à une piètre estime de soi,305 « qui va parfois jusqu’à entraîner des effets nuisibles sur la santé physique et mentale. » (306)

Certains enfants se replient sur eux-mêmes ou régressent, craignant peut-être de révéler ce qui est arrivé. Inversement, il arrive qu’ils s’extériorisent à l’excès, se comportent mal en classe (307) ou ailleurs et manifestent de la colère ou une attitude provocante face à des figures d’autorité (308) – on a constaté chez des adolescents vivant dans des zones urbaines de Sao Paulo que l’absence du père peut favoriser un comportement agressif et la transgression des règles.(309)

Il arrive que les enfants aient de la difficulté à établir des relations sûres avec d’autres personnes (310) et doivent parfois assumer de nouveaux rôles : « je pense que nous avons un comportement beaucoup plus responsable … nous avons tous dû grandir très vite », ce qui n’est pas nécessairement entièrement positif ; comme le dit l’un d’eux, « J’ai grandi de dix ans en en l’espace de quelques mois ».(311) Certains disent de ces enfants qu’ils sont négligés, à cause de l’incapacité (forcée) de leur(s) parent(s) incarcéré(s) à prendre soin d’eux et à les protéger.(312) «

L’anxiété de la séparation peut se manifester par un comportement agressif, la dépression et des problèmes d’attachement.

Il importe aussi de noter la prévalence des problèmes de comportement : il peut s’agir de troubles du sommeil et de l’alimentation, de délinquance, de comportement asocial et de difficultés scolaires. »(313) Diverses sources soutiennent qu’une bonne relation avec le parent emprisonné peut contribuer à contrebalancer les impacts affectifs et psychosociaux négatifs de l’incarcération du parent.(314) C’est le cas en particulier durant les trois premières années de vie pendant lesquelles les enfants ont besoin d’un contact intense avec une personne qui s’occupe d’eux en priorité.(315)

Les effets sur les enfants – impacts sociaux, financiers etc.

« L’absence, de brève ou de longue durée, d’un parent prive l’enfant d’une relation potentiellement essentielle en ce qui concerne l’aide et l’autorité parentales et les espoirs, les aspirations et les attentes d’un parent par rapport au développement de l’enfant, par exemple en ce qui concerne la fréquentation de l’école et les résultats scolaires ».(316)

Plusieurs études ont découvert que les enfants de détenus risquent des résultats inférieurs à ceux de leurs camarades. Une étude longitudinale menée au RoyaumeUni a conclu à « une association nette entre une mère délinquante et des résultats en baisse de ses enfants, ainsi qu’une probabilité accrue de piètres relations parentales, de comportements asociaux et de problèmes affectifs. »(317)

Une autre étude, également menée au Royaume-Uni, conclut que « le principal coût social qui retombe sur les enfants de mères emprisonnées vient de la probabilité accrue pour eux de tomber dans la catégorie de ceux qui échappent aux réseaux de la scolarité, de la formation ou de l’emploi et dont, par conséquent, les perspectives d’avenir sont moins bonnes ».(318)

Du point de vue financier, l’emprisonnement d’un parent peut signifier la perte du revenu que le parent apportait et des prestations sociales auxquelles il avait droit, de même que des frais supplémentaires pour la famille, liés aux visites et au maintien des contacts. Il arrive que d’autres membres de la famille doivent cesser de travailler pour s’occuper des enfants, ou que les enfants eux-mêmes doivent arrêter leurs études et se mettre à travailler pour remplacer le revenu perdu du parent incarcéré. La sécurité financière peut également être affectée d’autres façons : l’assurance habitation peut être annulée du fait de l’incarcération (319) et certaines juridictions imposent une interdiction légale excluant les personnes ayant un casier judiciaire de la possibilité de bénéficier de prestations sociales, même après leur libération.(320) De nombreuses familles de détenus sont pauvres au départ; l’emprisonnement d’un parent peut les précipiter dans une plus grande pauvreté et l’endettement.(321) Les enfants peuvent avoir besoin d’assistance juridique pour s’assurer que leur intérêt supérieur est représenté en cas de nécessité.

Recommandation : En cas de nécessité, les enfants doivent bénéficier d’une assistance juridique pour que leur intérêt supérieur soit pris en considération.”

Notes

290 Howard League for Penal Reform, communication écrite, p. 2

291 Action for Prisoners’ Families, communication écrite, p. 2 292 Howard League for Penal Reform, communication écrite, p. 1 Bureau Quaker auprès des Nations Unies — 71

293 National Resource Center on Children and Families of the Incarcerated, communication écrite, p. 1

294 The Osborne Association’s New York Initiative for Children of Incarcerated Parents and The Committee for Hispanic Children and Families, Inc, communication écrite, p. 1

295 Dee Ann Newell, The National Policy Partnership for Children of Incarcerated Parents, communication personnelle

296 Families Outside, communication écrite, p. 2

297 Action for Children and Youth Aotearoa, communication écrite, p. 7

298 Associazione Comunità Papa Giovanni XXIII, communication écrite, p. 2

299 Action for Prisoners’ Families, communication écrite, p. 3

300 Action for Prisoners’ Families, communication écrite, p. 2

301 Families Outside, communication écrite, p. 2

302 Howard League for Penal Reform, communication écrite, p. 5

303 Action for Prisoners’ Families, communication écrite, p. 1

304 Howard League for Penal Reform, communication écrite, p. 5

305 SOS Children’s Villages International, communication écrite, p. 2 ; Associazione Comunità Papa Giovanni XXIII, communication écrite, p. 2 et Università Cattolica, communication écrite, p. 2

306 Associazione Comunità Papa Giovanni XXIII, communication écrite, p.2

307 Families Outside, communication écrite, p. 2

308 Howard League for Penal Reform, communication écrite, p. 5

309 Isabel Bordin, DGD, exposé en plénière

310 HAQ Centre for Child Rights, communication écrite, p. 9

311 Howard League for Penal Reform, communication écrite, p. 3

312 Silvia Zega, communication écrite, p. 3

313 Università Cattolica, communication écrite, p. 2

314 Università Cattolica, communication écrite, p. 2

315 EUROCHIPS, communication écrite, p. 4

316 SOS Children’s Villages International, communication écrite, p. 2

317 Action for Prisoners’ Families, communication écrite, p. 2

318 Action for Prisoners’ Families, communication écrite, p. 2

319 Nancy Loucks, Families Outside, intervention orale, WG2

320 National Resource Center on Children and Families of the Incarcerated, communication écrite, p. 3

321 Action for Prisoners’ Families, communication écrite, p. 2


About

Prison activist and editor. Luk Vervaet is the author of « Le making-of d'Anders B. Breivik » (Egalité=Editions, 2012), « Nizar Trabelsi : Guantanamo chez nous ? (Editions Antidote, 2014), " De grote stap achterwaarts, teksten over straf en gevangenis" (Antidote & PTTL, 2016). He is co-author of « Kim et Ken, mes enfants disparus » (Editions Luc Pire, 2006), « Condamnés à la prison? Ecrits sur un monde caché » (Revue Contradictions, 2008) et « L'affaire Luk Vervaet : écrits sur un interdit professionnel » (Revue Contradictions, 2011).


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