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D’Abu Ghraib à Georges Floyd, un extrait du livre “Le meurtre de Georges Floyd, la pandémie de violences policières et son traitement révolutionnaire”, de Luk Vervaet

Abu Ghraib I ” Suivant les événements sensationnels ou horribles, les médias et les politiques sautent d’un sujet à l’autre. Créant ainsi une fois l’indignation ici, une fois là, cherchant à chaque fois les responsables des horreurs au sein de la police, de l’armée, des prisons, des milices de l’extrême droite : des individus monstrueux, des hommes et des femmes, pommes pourries.

Sans chercher la responsabilité politique ou sociétale. Sans jamais faire le lien entre les différents maillons d’une même chaîne de violence qui lie tous ces secteurs de répression et qui constituent, ensemble, la violence systémique. Les pratiques, aussi bien que le personnel de chacun de ces maillons, s’interchangent en permanence. Dans chaque maillon de la chaîne, on voit réapparaître les mêmes violences, le même racisme, les mêmes cruautés, les mêmes humiliations. À des intensités différentes. Avec au bout de la chaîne, la guerre, où toutes les vannes de la violence peuvent s’ouvrir, sans limites.

Avant de devenir policier, le policier Derek Chauvin a servi quelques années dans l’armée et la police militaire, puis il a continué à travailler dans le secteur privé de la sécurité. Lane, lui, a travaillé comme gardien dans un centre de détention pour jeunes délinquants.

Ce passage des gens ordinaires d’un maillon violent à l’autre se fait aussi des prisons vers l’armée en guerre. En voici un exemple.

Charles Graner était caporal de la 372ème Military Police Company de l’armée américaine pendant la guerre en Irak. Une fois arrivé en Irak, Graner a été placé à la tête d’un groupe de soldats composé de Lyndie England, Sabrina Harman, Ivan Frederick et Jeremy Sivits, qui devaient gérer une partie de la prison d’Abu Ghraib. Ensemble, ils ont commis les horreurs dont le monde entier a découvert les photos, en 2004.

The New Yorker en établissait la description suivante : Les visages de deux Irakiens morts. Le visage d’un prisonnier battu. Le corps ensanglanté d’un autre, enveloppé dans de la cellophane. Le soldat Lyndie England, une cigarette suspendue à sa bouche, pouce levé, montrant les parties génitales d’un jeune Irakien, nu, à l’exception d’un sac au-dessus de la tête, alors qu’il est obligé de se masturber. Trois autres prisonniers irakiens cagoulés, les mains croisées par réflexe sur leurs organes génitaux. Lyndie England qui se tient bras dessus bras dessous avec Graner ; tous les deux sourient et lèvent le pouce derrière un groupe de sept Irakiens nus, les genoux pliés, empilés les uns sur les autres en une pyramide. Un autre groupe de prisonniers nus, à nouveau empilés dans une pyramide, avec Graner à côté, souriant, les bras croisés. Un autre groupe de corps encapuchonnés, avec une femme soldat debout devant, prenant des photos. Un détenu cagoulé, avec des fils électriques attachés à ses mains, comme un arbre de Noël. Tout comme dans la scène meurtrière avec Georges Floyd, les soldats ne ressentent nullement le besoin de se cacher. Pire, à Abu Ghraib, ils se photographient eux-mêmes. Sans risque d’être punis. Les traitements infligés aux prisonniers semblent presque faire partie de la routine.

Avant d’entrer à l’armée et de partir en guerre, le corporal Charles Graner a été gardien de prison dans SCI Greene, une prison supermax, de sécurité maximale, en Pennsylvanie. C’est là que Russell Maroon Shoatz, ancien membre des Black Panthers, est enfermé à perpétuité. Près de 70 % des détenus sont noirs, 90 % des gardiens y sont blancs. Graner y avait pris service en 1996. Depuis, deux plaintes ont été déposées contre lui, toutes deux rejetées. Le journal Post-Gazette rapportait que les gardiens de la prison de Greene avaient battu et sodomisé des détenus avec des matraques, et effectué, je cite, « des fouilles à nu dans lesquelles chaque orifice corporel est examiné à la vue des autres gardiens et prisonniers ». Un détenu a affirmé que des gardiens avaient utilisé son sang pour écrire « KKK » (Ku Klux Klan) sur le sol. Douze gardiens ont été mis à la porte. Mais Graner a échappé à une sanction. Pourtant, un détenu l’accusait de coups et d’autres mauvais traitements. L’histoire de Graner est celle d’un homme qui est passé, impuni, de SCI Greene, une prison où les abus physiques et sexuels étaient monnaie courante, à une autre, celle d’Abu Ghraib en Irak, où la violence et les tortures ont explosé pour de bon…”.

Photo Georges Floyd couverture

Le livre “Le meurtre de Georges Floyd, la pandémie de violences policières et son traitement révolutionnaire” sort fin septembre 2020.

Pour le commander, merci de verser 13 euros (frais d’envoi inclus) sur le numéro de compte de Antidote : IBAN : BE20 0004 2359 4956 BIC: BPOTBEB1XXX
P.S. important ! Merci de mentionner ‘Georges Floyd’ et votre adresse postale, merci d’avance pour ton soutien !

I can’t breathe

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About

Prison activist and editor. Luk Vervaet is the author of « Le making-of d'Anders B. Breivik » (Egalité=Editions, 2012), « Nizar Trabelsi : Guantanamo chez nous ? (Editions Antidote, 2014), " De grote stap achterwaarts, teksten over straf en gevangenis" (Antidote & PTTL, 2016). He is co-author of « Kim et Ken, mes enfants disparus » (Editions Luc Pire, 2006), « Condamnés à la prison? Ecrits sur un monde caché » (Revue Contradictions, 2008) et « L'affaire Luk Vervaet : écrits sur un interdit professionnel » (Revue Contradictions, 2011).


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