Prison radicalisation and the alienation of Muslims (Open Migration!)

Deradex Ittre : les conditions de détention devant le tribunal (L’Echo, 22 novembre 2018)

SOURCE  (photo : Prison radicalisation and the alienation of Muslims in openmigration.org)

Huit terroristes attaquent l’État belge au civil

Huit condamnés, parmi lesquels Jean-Louis Denis et l’un des terroristes de la cellule de Verviers, contestent leurs conditions de détention dans l’aile Deradex de la prison d’Ittre. Ils dénoncent “l’arbitraire” de l’administration pénitentiaire. C’est un peu l’histoire du sparadrap qui colle aux doigts du capitaine Haddock. Avec, à la place de l’adhésif, les meneurs du microcosme terroriste belge et, en lieu et place du célèbre marin, l’Etat belge. Que faire des condamnés pour terrorisme ultra-radicalisés et considérés comme dangereux, dans la limite de la loi et des droits de l’homme? Placé face à un problème aigu, le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) a pris le parti de l’isolement en créant deux ailes de prison destinées aux condamnés à haute priorité, à Ittre et Hasselt. Ces ailes, dites Deradex, ont vu le jour il y a trois ans. Objectif: éviter que la radicalisation ne se propage aux autres détenus.

Huit des pensionnaires de l’aile d’Ittre ont décidé d’assigner l’Etat belge dans une action en responsabilité pour faute, a-t-on appris. Ce vendredi, une chambre civile va siéger afin que soit décidé si, oui ou non, cinq de ces condamnés pourront assister à l’audience, comme ils l’ont demandé. Un point qui nécessiterait un très important déploiement policier, vu leur CV. Le fond du dossier devrait être plaidé durant le mois de décembre. Parmi les huit condamnés, on retrouve des noms connus comme celui du recruteur Jean-Louis Denis, dit “Le Soumis”, condamné à cinq ans pour avoir envoyé deux mineurs en Syrie. Mais aussi Souhaib El Abdi, condamné à 16 ans de prison pour sa participation à la cellule terroriste de Verviers.

Leur nom importe peu. Notre objectif est de casser l’aspect ‘connu’ de nos clients pour adopter un profil collectif. Certains sont condamnés pour de longues peines, d’autres des plus courtes. L’un d’entre eux est aujourd’hui libre. Ils ont des profils différents“, argumente l’avocat Nicolas Cohen, président de la section belge de l’Observatoire international des prisons, qui coordonne le travail de plusieurs avocats, avec Me Delphine Paci.

“Ils n’ont pas accès aux activités de la prison, n’ont pas d’autorisation de sortie, n’ont pas accès à un psychologue, ne peuvent parler avec d’autres détenus sans quoi ceux-ci sont immédiatement mis en observation.

Les huit condamnés reprochent deux choses à l’Etat belge.

D’abord, les conditions matérielles de détention de l’aile Deradex d’Ittre. La vingtaine de prisonniers qui la peuplent sont interdits de préau collectif et n’ont pas vu le soleil depuis des années. “Ils n’ont pas accès aux activités de la prison, n’ont pas d’autorisation de sortie, n’ont pas accès à un psychologue, ne peuvent parler avec d’autres détenus sans quoi ceux-ci sont immédiatement mis en observation“, pointe Me Cohen. Ces mesures sont censées empêcher les condamnés considérés comme particulièrement dangereux et radicalisés de “contaminer” d’autres détenus. À Ittre, on retrouve notamment l’important recruteur Khalid Zerkani. “Nous rejoignons la question posée par Me Bruno Dayez, l’avocat de Marc Dutroux: les règles de droit s’appliquent-elles dans les cas extrêmes?”

Second volet contesté: l’absence de débat contradictoire sur les conditions de détention, laissées à l’appréciation de l’administration pénitentiaire. “L’objet du recours n’est pas de demander leur sortie de prison, ni même de l’aile Deradex. Il est d’affirmer l’Etat de droit, qui suppose la possibilité de contradiction. Nous rejoignons en ce sens la question posée par Me Bruno Dayez, l’avocat de Marc Dutroux: les règles de droit s’appliquent-elles dans les cas extrêmes?

Contactée par L’Echo, l’administration pénitentiaire indique que la contestation de ses choix par les détenus et prisonniers fait partie de leurs droits, et ne souhaite pas s’étendre davantage. Plusieurs condamnés parmi la vingtaine qui sont présents dans l’aile Deradex d’Ittre, toujours radicalisés au plus haut point, ont fait savoir à leurs conseils qu’ils souhaitaient “aller à fond de peine”, c’est-à-dire purger l’intégralité de la peine à laquelle ils ont été condamnés. C’est ainsi le cas de Jean-Louis Denis, qui sera libre d’ici un peu moins de trois semaines et entend d’ores et déjà faire une sortie médiatisée et tonitruante. Si la Justice n’aura plus de pouvoir sur lui, la Sûreté de l’Etat et l’Ocam prendront le relais pour le coller de près. Un peu comme un sparadrap.

Julien Balboni, L’Echo



About

Prison activist and editor. Luk Vervaet is the author of « Le making-of d'Anders B. Breivik » (Egalité=Editions, 2012), « Nizar Trabelsi : Guantanamo chez nous ? (Editions Antidote, 2014), " De grote stap achterwaarts, teksten over straf en gevangenis" (Antidote & PTTL, 2016). He is co-author of « Kim et Ken, mes enfants disparus » (Editions Luc Pire, 2006), « Condamnés à la prison? Ecrits sur un monde caché » (Revue Contradictions, 2008) et « L'affaire Luk Vervaet : écrits sur un interdit professionnel » (Revue Contradictions, 2011).


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