LA-TOLVA-MOROCELI

Des prisons du modèle “supermax” américain prolifèrent au Honduras (prison-insider.com Témoignages)

Source  /  photos La Noticia HN et elpais.hn : prisons supermax  La Tolva et El Pozo

Honduras : la prison supermax de Moroceli

Pour enrayer la violence et la corruption omniprésentes depuis plus de vingt ans, le gouvernement hondurien a pris la décision de faire construire des prisons de haute sécurité, inspirées du modèle “supermax” aux États-Unis.

Isolement strict; cellules froides, métalliques, sans fenêtres; mauvais traitements, abus, intimidations. Trois complexes pénitentiaires de ce type ont vu le jour au cours des deux dernières années. Les transferts de prisonniers vers ces établissements se sont multipliés depuis. Malgré des affirmations selon lesquelles ces mesures ne concernent que les prisonniers les plus dangereux, comme les chefs des gangs “Mara Salvatrucha” ou “Barrio 18″, les motifs réels derrière ces décisions semblent bien plus arbitraires.

Alors que les autorités honduriennes persistent à présenter ce schéma comme une solution et continuent d’infliger des sanctions inhumaines, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent contre ce choix néfaste.

Témoignage exclusif publié par le Centre pour la prévention de la torture et la prise en charge et la réinsertion des victimes et de leurs familles (Centro de Prevención Tratamiento y Rehabilitación de Víctimas de la Tortura y sus Familiares,” (CPTRT).

24 août 2017, six heures du matin.

 Plusieurs camions militaires arrivent au centre pénitentiaire El Progreso. Ils doivent se charger du transfert d’une centaine de prisonniers “dangereux”, vers les prisons de haute sécurité de “Santa Bárbara “, municipalité d’Ilama, et de “La Tolva”, municipalité de Morocelí.

 Les proches et les représentants des prisonniers ne connaissent pas la raison du transfert, pas plus que les tribunaux locaux d’application des peines.

 Aucune règle particulière ne régit ces transferts. Aucune décision administrative n’apporte la moindre raison au déplacement de ces prisonniers vers des établissements supermax. Dans de nombreux cas, le terme “dangereux” n’a aucune raison d’être. Plusieurs prisonniers sont encore en attente de jugement, d’autre étaient assistants scolaires, pasteurs, lycéens, étudiants, d’autres encore éligibles à une libération conditionnelle.

 Menottés et entravés tout au long du chemin; insultés et humiliés au moindre mot, arrosés de gaz lacrymogène par les gardes.

 Il est interdit au prisonniers d’informer leur famille de leur transfert. Ils n’ont pas non plus le droit d’emporter leurs affaires; les surveillants leurs fournissent de simples sacs d’eau pour un voyage de plusieurs heures. Le témoin qui relate ces événements assure qu’aucun prisonnier n’a été battu ou victime de mauvais traitements, mais déclare toutefois que l’arrivée est très dure et humiliante : presque tous leurs vêtements leurs sont retirés, et ils doivent rester en sous-vêtements. Ils sont ensuite emmenés directement à leurs cellules, sans examen médical et sans rencontre avec le personnel ni le directeur de l’établissement. La vie dans ces prisons est rude. Il est impossible de recevoir des visites des proches; l’isolement affectif des prisonniers est total.

 Il arrive également qu’ils restent quinze jours, voire un mois, sans voir la lumière du jour.

 Les conditions matérielles sont précaires. Les autorités ne fournissent pas de couvertures pour se protéger du froid la nuit; pour tenir le coup, les prisonniers s’allongent parfois au sol sous leur matelas. Presque aucun vêtement n’est fourni; pour en obtenir d’un autre prisonnier, il faut les échanger contre une ou deux rations de nourriture.

 L’un des plats servis le plus fréquemment se compose de haricots accompagné de riz et de beurre. La nourriture est préparée par le personnel. Les prisonniers sont responsables du nettoyage et de l’entretien des parties communes.

 Ils ne reçoivent pas non plus de savon ou de papier hygiénique. Les toilettes sont souvent bouchées.

 La personne à l’origine du témoignage insiste sur la difficulté à accéder à l’eau : une fois par jour en moyenne. Il n’y a pas d’eau potable. Il décrit également une eau de couleur blanchâtre, en raison, apparemment, de l’importante quantité de chlore qu’elle contient.

 La prise en charge médicale est soumise à des délais extrêmement longs, et le traitement n’est pas garanti. Parmi les affections les plus courantes, les hernies, la fièvre ou les maux de tête. Les prisonniers ne quittent leurs cellules qu’une heure ou une heure et demie par jour, parfois deux heures si les surveillants sont de bonne humeur. Il arrive également qu’ils restent quinze jours, voire un mois, sans voir la lumière du jour. Ils sont victimes de mauvais traitements psychologiques, parfois même physiques.

 La personne à l’origine du témoignage affirme que certains surveillants dissimulent leur visage au moyen de masques de ski afin de garder leur identité secrète.

EL-POZO honduras

 


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About

Prison activist and editor. Luk Vervaet is the author of « Le making-of d'Anders B. Breivik » (Egalité=Editions, 2012), « Nizar Trabelsi : Guantanamo chez nous ? (Editions Antidote, 2014), " De grote stap achterwaarts, teksten over straf en gevangenis" (Antidote & PTTL, 2016). He is co-author of « Kim et Ken, mes enfants disparus » (Editions Luc Pire, 2006), « Condamnés à la prison? Ecrits sur un monde caché » (Revue Contradictions, 2008) et « L'affaire Luk Vervaet : écrits sur un interdit professionnel » (Revue Contradictions, 2011).


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