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(FR,ENG) Une visite à Julian Assange à la prison de Belmarsh – le Guantanamo britannique / A visit to Julian Assange at Belmarsh prison – UK’s Guantanamo

Source - globalresearch.ca : Visiting Britain’s Political Prisoner. Julian Assange
By John Pilger Global Research, November 29, 2019

Source - legrandsoir.info : Visiter le prisonnier politique de la Grande Bretagne (Consortium News) John Pilger  1er décembre 2019

(français) 

Je suis parti à l’aube. La prison de Sa Majesté, Belmarsh, se trouve dans l’arrière-pays plat du sud-est de Londres, un ruban de murs et de fils de fer sans horizon. Au centre d’accueil, j’ai remis mon passeport, mon portefeuille, mes cartes de crédit, mes cartes médicales, mon argent, mon téléphone, mes clés, mon peigne, mon stylo, mon papier.

J’ai besoin de deux paires de lunettes. J’ai dû choisir quelle paire laisser à l’accueil. J’ai laissé mes lunettes de lecture. A partir de maintenant, je ne pouvais plus lire, tout comme Julian ne pouvait plus lire pendant les premières semaines de son incarcération. Ses lunettes lui avaient été envoyées, mais il lui a fallu des mois pour les recevoir, chose inexplicable.

Il y a de grands écrans de télévision dans le centre d’accueil. Il semble que la télé soit toujours allumée avec le son à fond. Des jeux, des publicités pour des voitures et des pizzas et des services funéraires, même des discussions TED, ils semblent parfaits dans le cadre d’une prison : comme du valium visuel.

J’ai rejoint une file d’attente de gens tristes et anxieux, surtout des femmes et des enfants, et des grands-mères pauvres. Dans le premier bureau, on m’a pris mes empreintes digitales, si c’est toujours comme ça que l’on appelle les tests biométriques.

“Appuyez les deux mains à plat !” m’a-t-on dit. Un dossier sur moi s’est affiché sur un écran.

Je pouvais maintenant traverser jusqu’à la porte principale, qui se trouve à l’intérieur des murs de la prison. La dernière fois que je me suis rendu à Belmarsh pour voir Julian, il pleuvait à cordes. Mon parapluie n’était pas autorisé au-delà du centre d’accueil. J’avais le choix entre me tremper ou courir comme un fou. Les grands-mères aussi.

Au deuxième bureau, une fonctionnaire derrière les barbelés m’a demandé : “C’est quoi ça ?”
“Ma montre”, ai-je répondu d’un air coupable.
“Retirez-la,” a-t-elle dit.

Je suis retourné en courant à nouveau sous la pluie, juste à temps pour un nouveau test biométrique, suivi d’un scanner corporel et d’une fouille corporelle complète. Plantes des pieds ; bouche ouverte.

À chaque arrêt, notre groupe silencieux et obéissant se glissait dans ce qu’on appelle un espace clos, serrés derrière une ligne jaune. Un cauchemar de claustrophobe ; une femme a fermé les yeux.

Nous avons ensuite reçu l’ordre de nous installer dans une autre zone d’attente, encore une fois avec des portes en fer qui se fermaient bruyamment devant et derrière nous.

“Restez derrière la ligne jaune !” nous a dit une voix surgit de nulle part.

Une autre porte électronique s’est entre-ouverte ; nous avons hésité, à raison. La porte a tremblé, s’est refermée avant de se rouvrir à nouveau. Une autre zone d’attente, un autre bureau, un autre refrain de “Montrez votre doigt !”

Puis nous nous sommes retrouvés dans une longue pièce avec des carrés tracés au sol où l’on nous a dit de nous tenir debout, un par carré. Deux hommes avec des chiens renifleurs sont arrivés et nous ont font la totale, devant et derrière.

Les chiens nous ont reniflés le cul et bavé sur ma main. Puis d’autres portes se sont ouvertes, avec un nouvel ordre : “tendez le poignet !”

Un marquage au laser était notre ticket d’entrée dans une grande salle, où les prisonniers attendaient en silence, assis en face de chaises vides. De l’autre côté de la pièce se trouvait Julian, portant un brassard jaune par-dessus ses vêtements de prison.

En tant que simple prévenu [Ndt : actuellement, Julian Assange ne purge aucune « peine » mais a simplement été maintenu - dans une prison de haute sécurité – comme prévu dans l’attente de son procès d’extradition] , il a le droit de porter ses propres vêtements, mais lorsque les voyous l’ont traîné hors de l’ambassade équatorienne en avril dernier, ils l’ont empêché d’emporter un petit sac contenant ses affaires. Ses vêtements suivraient, avaient-ils dit, mais comme ses lunettes de lecture, ils se sont mystérieusement perdus.

Pendant 22 heures par jour, Julian est enfermé dans un “centre de santé”. Ce n’est pas vraiment un hôpital carcéral, mais un endroit où il peut être isolé, soigné et espionné. Ils l’espionnent toutes les 30 minutes : un coup d’oeil dans sa cellule. C’est ce qu’ils appellent une” veille suicidaire “.

Dans les cellules voisines se trouvent des meurtriers condamnés et, plus loin, un malade mental qui crie toute la nuit. “C’est mon Vol au Dessus d’un Nid de Coucou,” me dit-il. La “Thérapie” se résume à jouer de temps à autre une partie de Monopoly. Son seul contact social régulier est la messe hebdomadaire dans la chapelle. Le prêtre, un homme bon, est devenu un ami. L’autre jour, un prisonnier a été attaqué dans la chapelle ; un poing lui a fracassé la tête par derrière pendant qu’on chantait des hymnes.

Quand on se salue, je sens ses côtes. Son bras n’a pas de muscle. Il a peut-être perdu 10 à 15 kilos depuis avril. Quand je l’ai vu pour la première fois ici en mai, ce qui m’a le plus choqué, c’est qu’il avait l’air beaucoup plus vieux.

“Je crois que je deviens fou”, m’a-t-il dit à l’époque. Je lui ai dit : “Non, c’est pas vrai. Regarde comme tu leur fais peur, comme tu es puissant.” Je crois que son intelligence, sa résilience et son sens de l’humour – tous inconnus des miséreux qui le diffament – le protègent. Il est gravement blessé, mais il ne perd pas la tête.

Nous bavardons avec la main sur la bouche pour ne pas être entendus. Il y a des caméras au-dessus de nous. A l’ambassade d’Equateur, nous avions l’habitude de bavarder en échangeant de notes écrites et en les protégeant des caméras au-dessus de nous. Où qu’il soit, Big Brother a clairement peur.

Sur les murs se trouvent des slogans joyeux qui exhortent les prisonniers à “continuer à tenir bons” et à “être heureux, à avoir de l’espoir et à rire souvent”.

Son seul exercice physique se déroule sur une petite parcelle de bitume, entourée par de hauts murs avec encore de joyeux conseils pour profiter ” des brins d’herbe sous vos pieds “. Il n’y a pas d’herbe.

Il n’a toujours pas accès à un équipement informatique qui lui permettrait de préparer sa défense. Il ne peut toujours pas appeler son avocat aux Etats-Unis ou sa famille en Australie.

La mesquinerie incessante de Belmarsh vous colle comme de la sueur. Si vous vous penchez trop près du prisonnier, un gardien vous dira de reculer. Si vous enlevez le couvercle de votre tasse à café, un gardien vous ordonnera de le remettre. Vous avez le droit d’apporter £10 pour les dépenser dans un petit café tenu par des bénévoles. “J’aimerais quelque chose de sain”, dit Julian, qui a dévoré un sandwich.

De l’autre côté de la pièce, un prisonnier et une femme qui lui rendait visite se sont disputés : ce qu’on pourrait appeler un “différend conjugal”. Un gardien est intervenu et le prisonnier lui a dit d’aller se faire foutre. Ce fut le signal pour un groupe de gardes, hommes et femmes et la plupart grands et obèses, impatients de se jeter sur lui et le clouer au sol, puis de le traîner dehors. Un sentiment de satisfaction violente flottait dans l’air vicié.

Puis les gardes nous ont crié qu’il était temps de partir. Avec les femmes, les enfants et les grands-mères, j’ai entamé le long voyage de retour à travers le labyrinthe des zones scellées et des lignes jaunes et des arrêts biométriques jusqu’à la porte principale. En sortant de la chambre des visiteurs, je me suis retourné, comme d’habitude. Julian était assis, seul, avec le poing levé.

John Pilger

Cet article est basé sur une allocution prononcée par John Pilger lors d’une conférence sur Julian Assange à Londres le 28/11/2019 au soir, après sa visite à Assange plus tôt dans la journée.

(English)

I set out at dawn. Her Majesty’s Prison Belmarsh is in the flat hinterland of south east London, a ribbon of walls and wire with no horizon. At what is called the visitors centre, I surrendered my passport, wallet, credit cards, medical cards, money, phone, keys, comb, pen, paper.

I need two pairs of glasses. I had to choose which pair stayed behind. I left my reading glasses. From here on, I couldn’t read, just as Julian couldn’t read for the first few weeks of his incarceration. His glasses were sent to him, but inexplicably took months to arrive.

There are large TV screens in the visitors centre. The TV is always on, it seems, and the volume turned up. Game shows, commercials for cars and pizzas and funeral packages, even TED talks, they seem perfect for a prison: like visual valium.

I joined a queue of sad, anxious people, mostly poor women and children, and grandmothers. At the first desk, I was fingerprinted, if that is still the word for biometric testing.

“Both hands, press down!” I was told. A file on me appeared on the screen.

I could now cross to the main gate, which is set in the walls of the prison. The last time I was at Belmarsh to see Julian, it was raining hard. My umbrella wasn’t allowed beyond the visitors centre. I had the choice of getting drenched, or running like hell. Grandmothers have the same choice.

At the second desk, an official behind the wire, said, “What’s that?”

“My watch,” I replied guiltily.

“Take it back,” she said.

So I ran back through the rain, returning just in time to be biometrically tested again. This was followed by a full body scan and a full body search. Soles of feet; mouth open.

At each stop, our silent, obedient group shuffled into what is known as a sealed space, squeezed behind a yellow line. Pity the claustrophobic; one woman squeezed her eyes shut.

We were then ordered into another holding area, again with iron doors shutting loudly in front of us and behind us.

“Stand behind the yellow line!” said a disembodied voice.

Another electronic door slid partly open; we hesitated wisely. It shuddered and shut and opened again. Another holding area, another desk, another chorus of, “Show your finger!”

How to Help Julian Assange by Writing to Him in Prison
Then we were in a long room with squares on the floor where we were told to stand, one at a time. Two men with sniffer dogs arrived and worked us, front and back.

The dogs sniffed our arses and slobbered on my hand. Then more doors opened, with a new order to “hold out your wrist!”

A laser branding was our ticket into a large room, where the prisoners sat waiting in silence, opposite empty chairs. On the far side of the room was Julian, wearing a yellow arm band over his prison clothes.

As a remand prisoner he is entitled to wear his own clothes, but when the thugs dragged him out of the Ecuadorean embassy last April, they prevented him bringing a small bag of belongings. His clothes would follow, they said, but like his reading glasses, they were mysteriously lost.

For 22 hours a day, Julian is confined in “healthcare”. It’s not really a prison hospital, but a place where he can be isolated, medicated and spied on. They spy on him every 30 minutes: eyes through the door. They would call this “suicide watch”.

In the adjoining cells are convicted murderers, and further along is a mentally ill man who screams through the night. “This is my One Flew over the Cuckoo’s Nest,” he said. “Therapy” is an occasional game of Monopoly. His one assured social gathering is the weekly service in the chapel. The priest, a kind man, has become a friend. The other day, a prisoner was attacked in the chapel; a fist smashed his head from behind while hymns were being sung.

When we greet each other, I can feel his ribs. His arm has no muscle. He has lost perhaps 10 to 15 kilos since April. When I first saw him here in May, what was most shocking was how much older he looked.

“I think I’m going out of my mind,” he said then.

I said to him, “No you’re not. Look how you frighten them, how powerful you are.” Julian’s intellect, resilience and wicked sense of humor – all unknown to the low life who defame him — are, I believe, protecting him. He is wounded badly, but he is not going out of his mind.

We chat with his hand over his mouth so as not to be overheard. There are cameras above us. In the Ecuadorean embassy, we used to chat by writing notes to each other and shielding them from the cameras above us. Wherever Big Brother is, he is clearly frightened.

On the walls are happy-clappy slogans exhorting the prisoners to “keep on keeping on” and “be happy, be hopeful and laugh often”.

The only exercise he has is on a small bitumen patch, overlooked by high walls with more happy-clappy advice to enjoy ‘the blades of grass beneath your feet’. There is no grass.

He is still denied a laptop and software with which to prepare his case against extradition. He still cannot call his American lawyer, or his family in Australia.

The incessant pettiness of Belmarsh sticks to you like sweat. If you lean too close to the prisoner, a guard tells you to sit back. If you take the lid off your coffee cup, a guard orders you to replace it. You are allowed to bring in £10 to spend at a small café run by volunteers. “I’d like something healthy,” said Julian, who devoured a sandwich.

Across the room, a prisoner and a woman visiting him were having a row: what might be called a ‘domestic’. A guard intervened and the prisoner told him to “fuck off”.

This was the signal for a posse of guards, mostly large, overweight men and women eager to pounce on him and hold him to the floor, then frog march him out. A sense of violent satisfaction hung in the stale air.

Now the guards shouted at the rest of us that it was time to go. With the women and children and grandmothers, I began the long journey through the maze of sealed areas and yellow lines and biometric stops to the main gate. As I left the visitor’s room, I looked back, as I always do. Julian sat alone, his fist clenched and held high.

John Pilger is an Australian-British journalist and filmmaker based in London. Pilger’s Web site is: www.johnpilger.com. In 2017, the British Library announced a John Pilger Archive of all his written and filmed work. The British Film Institute includes his 1979 film, “Year Zero: the Silent Death of Cambodia,” among the 10 most important documentaries of the 20th century. Some of his previous contributions to Consortium News can be found here. He is a frequent contributor to Global Research.

 

 



About

Prison activist and editor. Luk Vervaet is the author of « Le making-of d'Anders B. Breivik » (Egalité=Editions, 2012), « Nizar Trabelsi : Guantanamo chez nous ? (Editions Antidote, 2014), " De grote stap achterwaarts, teksten over straf en gevangenis" (Antidote & PTTL, 2016). He is co-author of « Kim et Ken, mes enfants disparus » (Editions Luc Pire, 2006), « Condamnés à la prison? Ecrits sur un monde caché » (Revue Contradictions, 2008) et « L'affaire Luk Vervaet : écrits sur un interdit professionnel » (Revue Contradictions, 2011).


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