Global network for CIA torture

La Belgique, complice dans le programme de torture de la CIA (Extrait du livre Guantanamo chez nous ?)

Global network for CIA tortureThe Guardian 9 December 2014 :

CIA torture report: Europe must come clean about its own complicity

The CIA’s activities would not have been possible without the help of Britain and 20 other European nations
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Guantanamo chez nous ? Un livre de Luk Vervaet (extrait) :livre Trabelsi cover
Chapitre : Guantanamo et la complicité belge
En Europe, Guantanamo – et la torture et
la cruauté envers les prisonniers – a été
pendant longtemps – et jusqu’à nos jours
– présenté comme étant un phénomène et
une dérive typiquement américains. L’Europe
d’aujourd’hui et sa civilisation ancienne n’auraient
rien à voir avec de telles pratiques. On retrouve
ce même message de supériorité morale dans la
justification de l’extradition de Nizar Trabelsi par
les autorités belges : garanties de la part des États-
Unis que les standards civilisés européens seront
respectés, pas de transfert à Guantanamo, pas de
peine de mort, jugement devant un tribunal civil,
etc…
Il suffit de regarder les pratiques coloniales des
pays européens pour se rendre compte que cette
affirmation de moralité supérieure est fausse. Mais
si on était devenu plus civilisé depuis que ces pages
noires de l’histoire ont été tournées ? Force est de
constater que Guantanamo, ou d’autres prisons
secrètes américaines, n’auraient jamais existé ou
pu fonctionner sans la collaboration active ou
passive des pays européens.
La Belgique a collaboré aux
transports de détenus vers
les prisons de la torture
En 2005, Human Rights Watch et le Washington
Post sonnent l’alarme. Ils publient les premières
preuves de l’existence de huit prisons secrètes de
la CIA dans huit pays d’Europe de l’Est et d’Asie.
Officiellement, ces prisons n’existent pas. La
CIA menace de poursuivre le Washington Post
pour avoir publié des informations secrètes.
51
Un an plus tard, le 6 septembre 2006, le Président
Bush reconnaît l’existence de ces prisons secrètes
et les justifie.
Il ne s’agit pas seulement de prisons secrètes.
Il s’agit aussi de la collaboration européenne
au programme « extraordinary rendition », -
restitution extraordinaire – de la CIA : en dehors de
tout cadre légal, le transport vers Guantanamo et
d’autres prisons de torture, de détenus kidnappés
par la CIA partout dans le monde. Les ministères
belges des Affaires étrangères et de la Mobilité
se hâtent de déclarer que rien n’indique à ce jour
que nos aéroports aient pu être utilisés par la CIA,
mais qu’ils organiseront leur propre enquête. Une
commission au sein du sénat belge est mise sur
pied. Le 20 juin 2006, elle publie son « Rapport
sur l’éventualité que l’infrastructure aéroportuaire
belge ait été utilisée par des vols affrétés par la
CIA pour transporter des détenus suspects d’être
liés au terrorisme islamique. »37 On n’apprend pas
grand-chose dans ce rapport de 80 pages. A part
la reconnaissance qu’ « Aujourd’hui, cela ne fait
pas l’ombre d’un doute qu’il y a eu des vols, parce
qu’on a trouvé des traces » ; on peut y lire surtout
un aveu d’impuissance et le témoignage que la CIA
fait exactement ce qu’elle veut sur notre territoire.
Les informations sur les vols, reconnaît le rapport,
ne viennent pas de notre propre pays, mais de
l’Europe et des États-Unis. Ici, personne ne serait
au courant. Il n’y a aucune connaissance des
activités de la CIA dans notre pays, ni de la part de
nos services secrets et militaires, et encore moins
de la part du parlement. « Il n’existe pas de suspicion
réciproque entre les états membres de l’OTAN et il n’y
en pas davantage à l’égard du trafic aérien » . Pour
illustrer la soumission de la Belgique aux ordres
américains, on peut lire que dès que les nouvelles
sur les vols sont apparues dans la presse, la Sûreté
de l’Etat belge a organisé une réunion avec la CIA
pour demander ce que les Belges devaient répondre
52
à ces allégations. Les Américains ont répondu :
« No comment ». Et le ministère de la Défense belge
refusera aux membres de la Commission du Sénat
une visite au centre de contrôle du trafic aérien
de la Force aérienne belge à Semmerzake. Dans
ses conclusions, la Commission notera comme
premier point « l’absence d’intérêt des services
belges : même après alerte, il y a un refus d’entrer
dans le détail de ces matières.» La Commission
« n’est pas heureuse de cette situation et demande
au gouvernement un contrôle plus poussé des
avions qui survolent la Belgique, un contrôle effectif
sur les personnes et les matières qui passent par des
vols civils et militaires qui s’arrêtent sur le territoire
belge, y compris les vols dans le cadre de l’OTAN ».
En d’autres mots, quelques recommandations
bien intentionnées mises à part, la Commission
n’a strictement rien obtenu. Et comme tout le
monde le sait, le contrôle sur les vols dans le cadre
de l’OTAN a été fortement renforcé depuis les
demandes de la Commission…
Les services de Dick Marty (sénateur suisse et
depuis 2005 Président de la Commission juridique
et des Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe)
ont bien pu trouver autre chose. Ils ont en effet
découvert qu’une réunion secrète de l’OTAN s’est
tenue le 2 octobre 2001 à Athènes où les États-
Unis ont demandé à leurs partenaires européens
l’application de l’article 5 du pacte de l’OTAN.
Cet article contraint les Etats membres à prêter
assistance à un membre qui est victime d’une
attaque militaire. Ce qui implique un maintien du
secret à un très haut niveau et limité aux seuls
services militaires, ceci expliquant le silence des
gouvernements et des services secrets sur le
sujet. « Cette découverte, déclare Dick Marty, nous
a permis de démontrer que l’OTAN était impliquée
dès le début dans ce programme d’enlèvements et
de prisons secrètes. »38 Dès lors, on peut dire que
Guantanamo n’est pas seulement une création
53
américaine, mais aussi une création de l’OTAN et
donc de l’Europe.
En février 2007, le parlement européen relance
l’affaire en publiant un rapport sur la collaboration
européenne à plus de « 1000 vols de la CIA »
pour le transport de victimes de la « restitution
extraordinaire. »39
Six ans plus tard, en février 2013, l’ Open Society
Justice Initiative publie la liste de 25 pays européens
qui ont coopéré avec l’agence américaine. A propos
de la Belgique on peut y lire des éléments dont
disposait déjà la Commission d’enquête du sénat :
« La Belgique a autorisé l’utilisation de ses aéroports
et de son espace aérien pour des opérations de
restitution extraordinaire de la CIA. Entre fin 2001
et décembre 2005, des avions de la CIA N829MG et
N1HC ont fait quatre escales en Belgique en utilisant
les aéroports d’Anvers et de Bruxelles. Le vol de la
CIA N829MG a aussi été utilisé dans la restitution
extraordinaire de Maher Arar.»40
Des pays comme le Danemark ou la Finlande ont
reconnu avoir facilité une centaine de vols de la
CIA. La Belgique quant à elle continue à garder le
secret et le silence.
Le 11 septembre 2013, Nils Muiznieks, le
commissaire européen pour les Droits de l’Homme
du Conseil de l’Europe, va explicitement interpeller
la Belgique et 14 autres pays européens au sujet de
leur refus « de vouloir établir la vérité et de prendre
leur responsabilité quant à leur complicité dans le
programme illégal de la restitution extraordinaire ».41
Il rappelle que ces 15 pays (parmi les 25 concernés)
ont « toujours l’obligation de se justifier sur leur
coopération avec le programme illégal américain.
En particulier sur l’utilisation de leur espace aérien
et de leurs aéroports pour des vols suspects de
restitution, l’enlèvement et le transfert de personnes
vers une prison américaine, leur participation
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aux interrogatoires, et leur connaissance de la
détention secrète et des opérations de restitution
extraordinaire. »
Jusqu’à ce jour, silence radio de la Belgique.


About

Prison activist and editor. Currently preparing a book on the introduction of maximum security prisons in Belgium and Europe, including the practice of solitary confinement. In 2008, Luk started the Belgian Prisoners' Family & Friends Association. (http://familiesfriendsassociation.blogspot.be/ In 2009, with Farida Aarrass he launched the Campaign Free Ali Aarrass (www.freeali.eu ). In 2012 he organised the Committee of the Families of European detainees in Morocco (http://prisonnierseuropeensaumaroc.blogspot.be/). Luk Vervaet is the author of « Le making-of d'Anders B. Breivik » (Egalité=Editions, 2012), « Nizar Trabelsi : Guantanamo chez nous ? (Editions Antidote, 2014). He is co-author of « Kim et Ken, mes enfants disparus » (Editions Luc Pire, 2006), « Condamnés à la prison? Ecrits sur un monde caché » (Revue Contradictions, 2008) et « L'affaire Luk Vervaet : écrits sur un interdit professionnel » (Revue Contradictions, 2011). Contributions : « Etats généraux sur les conditions carcérales en Europe : La condition pénitentiaire, regards belges, français et européens"» (2010, éditions MGER) ; « The violence of incarceration: a response from mainland Europe »(2010, Race & Class) ; « Gevangenissen: spiegel van onze samenleving » (2013, MO Mondiaal Nieuws) Publishing house : www.antidote.be


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