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La privatisation des prisons en marche : des gardiens privés pour mater la violence en prison en Suisse

securitasA l’époque, seule la zone carcérale de la police de Lausanne était concernée. Aujourd’hui, la sécurité privée a débarqué à Orbe…

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Depuis quelques mois, bagarres et guerre de clans étaient dénoncées par des détenus du quartier de haute sécurité de Bochuz au travers de courriers adressés à 24 heures. Sur le même site des Etablissements de la plaine de l’Orbe (EPO), juste à côté du pénitencier, on imaginait la Colonie, un secteur relativement ouvert, plus calme. C’était sans compter sur le récent bâtiment de la Colonie fermée, devenu une poudrière. «Le climat est extrêmement tendu, témoigne sous couvert d’anonymat un employé des EPO. Aujourd’hui, nous ne sommes plus en sécurité lorsqu’on travaille à la Colonie fermée. Imaginez un agent de détention seul pour vingt détenus. Il a la trouille. Les détenus le savent et en profitent.»

Les agents de détention professionnels de la Colonie ont donc reçu tout récemment un renfort inhabituel: celui d’agents de sécurité d’une entreprise privée. La décision, quoique jamais communiquée de manière spontanée et officielle, fait l’objet de rumeurs qui ont franchi les murs des EPO. Le Service pénitentiaire vaudois (SPEN) confirme l’information, en insistant sur son caractère provisoire: «Des agents de sécurité privés ont effectivement été engagés de façon ponctuelle afin de renforcer, sous forme d’appui, les agents pénitentiaires à la Colonie des Etablissements pénitentiaires de la plaine de l’Orbe.»

Pour Cyrille Perret, secrétaire général de la Fédération des sociétés de fonctionnaires vaudois (FSF), l’action est nécessaire: «Les agents de sécurité privés sont engagés en binôme auprès des gardiens professionnels dans le but de réduire les risques de violence.» «Si on prend la Colonie elle-même, ça devient plus difficile. Ce n’est pas pour rien que l’autorité a dû réagir, ce n’est pas dû au hasard», souligne David Pittet, président de l’Association vaudoise des agents pénitentiaires (AVAP).

Détenus étrangers

Mais que se passe-t-il donc derrière ces murs érigés en septembre 2014? Ce bâtiment de 80 places est destiné majoritairement à des détenus étrangers condamnés à des peines peu importantes ou aux détenus lourdement condamnés ayant droit à un allégement de leur régime de détention. «La plupart des personnes de la Colonie fermée seront renvoyées à la fin de leur peine, explique le collaborateur anonyme. Ils n’ont donc pas de perspective en Suisse, ni de liberté conditionnelle possible. Ce sont ainsi des gens très angoissés.»

Mettre la faute sur les détenus serait trop simple, affirment plusieurs sources. Selon eux, les tensions découlent aussi des dysfonctionnements de la prison. Sont évoqués: des effectifs insuffisants, mais aussi la gestion bureaucratique et militaire des EPO. «Aujourd’hui, on ne nous demande plus vraiment d’aider les détenus, ni de leur permettre de trouver un sens à leur peine. Nous sommes tous devenus des tourne-clés. C’est tout. Et cela n’aide évidemment pas les détenus à progresser ou à être calmes. En plus, nous travaillons très souvent dans l’urgence.»

Les autorités pénitentiaires expliquent, elles, le besoin de renforts par l’extension de la Colonie et la création de l’aile fermée. «Du nouveau personnel a été recruté. Il doit être formé pour obtenir le brevet fédéral d’agent de détention. Cette formation en emploi dure deux ans et cela génère des absences», affirme le porte-parole du SPEN, Marc Bertolazzi. Le projet d’agrandissement de la Colonie, présenté en 2012, prévoyait la création de 40 postes au total, dont 12 gardiens.

Le SPEN reste discret sur l’entreprise mandatée. Il précise avoir «fait appel à une société de sécurité privée, dans le cadre du marché public qui nous lie déjà à elle pour la gestion, avec la police, des zones carcérales (ZC)», explique Marc Bertolazzi.

Surpopulation

Depuis que la surpopulation des zones carcérales policières a été rendue publique, la société Securitas est régulièrement mentionnée, y compris dans une interpellation déposée à ce sujet par le député et avocat Jean-Michel Dolivo (La Gauche), en mai 2012. L’entreprise en question relève que le contrat qui la lie à l’Etat de Vaud pour le mandat aux EPO fait l’objet d’une clause de confidentialité. Les deux parties sont encore plus silencieuses sur le coût.

Selon nos informations, les agents de sécurité privés seraient une trentaine. Le SPEN nuance: «Le pool d’agents privés engageables représente une trentaine de collaborateurs, mais seuls trois agents renforcent nos équipes en journée et un seul la nuit.»

Les syndicats saluent la mesure. «On ne peut qu’approuver ce genre de décision quand on parle de la sécurité des agents de détention», déclare Cyrille Perret. Il y a quand même une nuance de taille, celle de l’appel à des forces privées. «On ne peut qu’apprécier ce renfort, mais déléguer notre travail au privé reste une source d’interrogations», commente David Pittet. Ces interrogations sont partagées par des personnalités politiques et judiciaires (voir ci-contre).

L’objectif, selon le SPEN, reste d’augmenter les effectifs des agents de détention professionnels. Quel nombre est-il envisagé, et pour quelle échéance? La réponse est vague. «De nouveaux engagements d’agents de détention sont effectivement en discussion», déclare Marc Bertolazzi.

En attendant, les tâches sont strictement réparties entre les collaborateurs de Securitas et les employés de l’Etat: «Les agents de sécurité privés sont là en appui. Ils travaillent en binôme avec les gardiens officiels. Ils peuvent intervenir en cas de tension mais ce sont bien les agents pénitentiaires qui font le travail», explique David Pittet. Selon le SPEN, il s’agit de «missions clairement délimitées». Symboliquement, les agents privés ne portent ni l’uniforme de leur entreprise ni celui des gardiens brevetés. Ils endossent l’habit des stagiaires. (TDG)

securitas-team«J’espère que cette mesure est provisoire»

L’engagement d’agents privés dans les services pénitentiaires provoque des critiques. A Genève, la sous-traitance à Securitas de diverses missions de conduite des détenus et de surveillance des prisons se heurte à des protestations de parlementaires. Du côté vaudois, le député et avocat Jean-Michel Dolivo (La Gauche) interrogeait en 2012 le Conseil d’Etat sur le degré de formation des agents de Securitas à des tâches pénitentiaires. Réponse de l’Etat: «L’intervention de cette entreprise s’est faite sous l’étroite supervision des cadres en présence et s’est limitée à des tâches pouvant être déléguées sans risque.»

A l’époque, seule la zone carcérale de la police de Lausanne était concernée. Aujourd’hui, la sécurité privée a débarqué à Orbe dans un contexte complexe. Jean-Michel Dolivo reste sur la même ligne: «Les questions concernent la formation mais aussi le secret de fonction. Les compétences ne sont pas identiques. Et sur le fond, appartient-il à une société privée d’assumer une tâche régalienne de l’Etat?» La bâtonnière des avocats vaudois, Me Antonella Cereghetti, admet les difficultés rencontrées par les gardiens officiels des Etablissements de la plaine de l’Orbe (EPO): «Ils sont soulagés. Je sais qu’il y a eu pas mal de burn-out.» Mais sur le principe, avertit-elle, l’engagement d’une société privée ne doit pas s’imposer à long terme: «Je ne suis pas choquée si cette mesure est ponctuelle, si elle permet de maintenir le calme en prison et de soulager les agents de détention. Mais je le serais si cela devait se prolonger. Il faut s’adapter à la réalité et aux besoins. Toutefois, j’espère que cette mesure est provisoire».

La formation des forces privées déployées en milieu pénitentiaire laisse la bâtonnière perplexe: «S’ils sont formés par l’entreprise, l’Etat n’a pas de prise. Et si l’Etat doit former des agents privés, l’allocation financière n’est pas adéquate», relève-t-elle. Interrogée sur la question de la formation, Securitas reste générale dans sa réponse: «Securitas n’assume pas de mission sans formation de ses agents», déclare Urs Stadler, responsable de la communication. (PH.M).

 



About

Prison activist and editor. Luk Vervaet is the author of « Le making-of d'Anders B. Breivik » (Egalité=Editions, 2012), « Nizar Trabelsi : Guantanamo chez nous ? (Editions Antidote, 2014), " De grote stap achterwaarts, teksten over straf en gevangenis" (Antidote & PTTL, 2016). He is co-author of « Kim et Ken, mes enfants disparus » (Editions Luc Pire, 2006), « Condamnés à la prison? Ecrits sur un monde caché » (Revue Contradictions, 2008) et « L'affaire Luk Vervaet : écrits sur un interdit professionnel » (Revue Contradictions, 2011).


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