Senegal

Sénégal : Lettre de Guy Marius Sagna depuis le Quartier de Haute Sécurité Chambre 8 de la prison du Camp pénal (QHS inspiré des prisons supermax aux Etats-Unis)

(photo et article  : PRESSAFRIK)
Depuis le QHS8, Guy Marius avertit dans une lettre qu’il ne négociera pas sa liberté
Guy Marius Sagna n’a pas peur de « mourir en prison » et ce n’est pas en négociant avec les autorités qu’il compte obtenir sa liberté. Détenu depuis le 29 novembre 2019 au Quartier Haute Sécurité 8 de la Prison du Camp pénal, l’activiste a, dans une lettre rendue publique ce dimanche, avertit qu’il ne transigera pas en ce qui concerne sa mise en liberté. Guy Marius Sagna a également apostrophé dans sa missive le Doyen des juges Samba Sall et évoqué les responsables et proches de Macky Sall épinglés par des rapports de corps de contrôle. Il a aussi parlé de ses conditions de détention. L’intégralité de sa lettre !

” Quand j’entends des proches de Macky Sall régulièrement épinglés par tous les corps de contrôle de l’IGE montrant les dossiers qui ne sont jamais transmis à la justice dire que ma place est en prison, je réprime mon sourire pour ne pas manquer de respect à la mémoire des pêcheurs morts dans la Langue de Barbarie, aux ex-travailleurs de la Sotrac courant derrière 9 milliards, à nos concitoyens de Fass Tiekene dont moins des 39 villages ne sont pas électrifiés, aux surveillants pénitentiaires qui ont à peine 50.000 Fcfa d’indemnités de logement, … .

Quand on détourne les ressources du peuple et que celles-ci au lieu de prendre le chemin des champs de nos braves papas, des villages et quartiers, des écoles et des hôpitaux, prennent les voies vers Chicago, Bruxelles, Barça dans les comptes en banque de nos élus, on finit par détourner sa justice. Au lieu d’arrêter les voleurs des derniers publics, Macky Sall arrête leurs victimes qui remplissent les prisons. Au lieu d’ouvrir des instructions judiciaires sur le COUD, le CICES, le Port, la Poste, le PRODAC……l’Etat néocolonial arrête ceux qui luttent pour son abolition et détourne des procédures judiciaire pour garder le plus longtemps possible en prison des abolitionnistes anti-impérialistes, panafricains.

Pauvre doyen des juges Samba Sall !

Le voilà avec deux instructions judiciaires sur ma modeste personne en moins de 04 mois. Alors que la première instruction sur une accusation de fausse alerte au terrorisme est encore en cours depuis juillet 2019, il ouvre une autre instruction depuis le 04 décembre. L’histoire ne se répète jamais. Quand cela semble arriver, c’est sous la forme d’une comédie ou d’une tragédie. Alors comédie ou tragédie judiciaire, l’avenir nous dira.

En attendant, je suis à la chambre 8 du quartier de haute sécurité (QHS8) de la prison du Camp pénal. Il existe ce qu’on appelle des prisons de “type f” qui sont équipées exclusivement de cellules pour une à trois personnes. Ces prisons s’inspirent des prisons supermax des États-unis qui visent à mater des prisonniers déclarés incontrôlables et qui sont confinés comme nous l’apprend Angela Davis ” à divers degrés d’isolement temporel”. Le camp pénal n’est pas une prison de “Type f” mais une maison classique avec dortoirs. Mais son quartier de haute sécurité (QHS) a les mêmes cellules que les prisons de “type f”. En Turquie en 2000, des prisonniers turcs ont observé une grève de la faim à mort afin de protester contre la décision gouvernementale d’introduire des prisons de “type f”. En 2002 plus de 50 prisonniers turcs sont morts des suites de leur grève de la faim. Amnesty International nous informe qu’en 2000, 30 prisonniers ont été tués lors d’affrontements avec les forces de l’ordre dans une vingtaine de prisons à travers la Turquie dans la lutte contre ces prisons de “type f” qui sont des dispositifs d’isolement facilitant les mauvais traitements et la torture. Le Camp pénal n’est pas une prison de “type f” mais en son sein, son QHS a été construit exactement comme une prison de “type f”. Il y a une partie du compte rendu de Human Rights Watch de l’année 2002 qui parle de ces prisons de “type f” en Turquie qui fait réfléchir sur le cas GMS. Bien que les autorités carcérales justifient la nécessité de ces prisons supermax en arguant qu’elles abritent uniquement les individus les plus dangereux, fauteurs de troubles ou fugitifs potentiels. Il existe peu de garde-fous pour empêcher d’autres prisonniers de se voir transférés de façon arbitraire ou discriminatoire vers ces établissements. En Australie l’inspecteur des services de détention a découvert que certains détenus sont confinés indéfiniment dans des unités spéciales de haute sécurité sans savoir pourquoi, ni pour combien de temps. Peu importe le lieu, la durée et le nombre de détentions arbitraires, nous ne transigerons jamais. Il n’y aura ni arrangement, ni protocole de camp pénal, ni déportation entre nous et les Sale représentant du colonialisme.

Malheureusement pour Macky Sale et le ministre de l’intérieur, je suis Sénégalais et donc ils ne peuvent m’expulser du Sénégal comme ils ont su malheureusement expulser Kemi Seba du Sénégal pour la deuxième fois.

Nous avons choisi de mettre nos vies en jeu afin de sortir le Sénégal et l’Afrique de ce jeu politicien, néocolonial, parasitaire de nos élus qui nous maintiennent dans la pauvreté, la domination. Nous ne sommes pas obligés d’accepter le Sénégal, l’Afrique et le monde tels qu’ils sont.

Nous avons choisi la liberté plutôt que la peur.
La lutte continue
Les peuples vaincront

PS : Tout mon soutien aux travailleurs de l’ex-Sotrac, aux étudiants de Wuhan, aux victimes d’accaparement de terres et de démolition de maisons de Tivaouane-Peulh, Guéréo, du département de Mbour, …”

Guy Marus Sagna
Prisonnier politique au Sénégal depuis trois mois
Prison du camp pénal

SOURCE pressafrik.com

Lire aussi : http://www.rfi.fr/fr/afrique/20200122-senegal-activiste-guy-marius-sagna-reste-prison-partisans-colere



About

Prison activist and editor. Luk Vervaet is the author of « Le making-of d'Anders B. Breivik » (Egalité=Editions, 2012), « Nizar Trabelsi : Guantanamo chez nous ? (Editions Antidote, 2014), " De grote stap achterwaarts, teksten over straf en gevangenis" (Antidote & PTTL, 2016). He is co-author of « Kim et Ken, mes enfants disparus » (Editions Luc Pire, 2006), « Condamnés à la prison? Ecrits sur un monde caché » (Revue Contradictions, 2008) et « L'affaire Luk Vervaet : écrits sur un interdit professionnel » (Revue Contradictions, 2011).


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