Guantanamo chez nous MY

Sur le traîtement de Farid Bamouhammad à la prison de Ittre (Extrait du livre Guantanamo chez nous ?)

Farid bamouhammad“…..
Le même genre de « violence particulière », cette
fois contre « un détenu dangereux », a été exposé
lors du procès de Farid Bamouhammad contre la
prison de Ittre. Les faits datent de décembre 2007
et on été jugés en janvier 2014. Le 6 décembre
2007, Farid Bamouhammad est transféré de
la prison d’Andenne à la prison d’Ittre par une
brigade spécialisée de la police fédérale, GOTTS,
qui s’occupe du transfert « de détenus extrêmement
dangereux ». A son arrivée à la prison, la brigade
signale que le détenu est calme et coopérant.
En principe la brigade GOTTS conduit le détenu
jusque dans sa cellule. Mais ici, c’est un comité
d’accueil de gardiens qui reprend le détenu,
pour faire clairement comprendre à ce détenu
dangereux qui fait la loi dans la prison. Leur
premier mot d’accueil est qu’il ne recevra pas
son tabac tout de suite, mais plus tard. Quelques
secondes plus tard, Farid est plaqué et maintenu
au sol. Il est amené jusqu’à sa cellule par quatre
gardiens, deux lui tenant les jambes et deux autres
les bras. Raison ? « Un comportement menaçant du
détenu », « il s’est approché d’un agent qui s’est senti
menacé », « un comportement qui laissait croire
qu’il allait passer à l’acte », « dans le regard de Farid,
il y avait un risque de passage à l’acte ». Et puis, il y
a « les antécédents spécifiques qui lui sont propres ».
La suite est hallucinante. Le personnel se sentant
menacé, le directeur prend à l’encontre de Farid
163
« une mesure de sécurité particulière (selon la loi
de 2007 sur les recours à des mesures de coercition
directe) prévoyant le placement en cellule sécurisée,
une observation toutes les demi-heures de jour et
de nuit et le fait que tout mouvement hors cellule
se ferait menotté et entravé ». Ce qui se cache
derrière ces mots est ceci : « Farid Bamouhammad
est placé en cellule nue, non chauffée, dans les
minutes qui ont suivi son arrivée à la prison
d’Ittre, et des entraves lui ont été posées. Suivant
les photographies qui sont versées au dossier et
la description qui en est faite par les enquêteurs,
lesdites entraves sont constituées de deux paires
de menottes métalliques (une paire placée aux
poignets et la seconde aux chevilles) reliées entre
elles par une chaîne métallique, les anneaux des
menottes sont reliés entre eux par une chaîne de
30 centimètres et les deux paires de menottes sont
reliées entre elles par une chaîne de 80 centimètres.
Farid est resté ainsi entravé du 6 décembre 2007,
date de son arrivée à la prison d’Ittre, jusqu’au 16
décembre 2007, date de son transfert vers un autre
établissement pénitentiaire ». Enchaîné de telle
manière, le détenu est blessé aux chevilles par des
menottes trop serrées. Il a tout simplement été
empêché de se laver, de pouvoir s’essuyer lorsqu’il
allait aux toilettes : « ce qui », dit la Cour, « paraît
vraisemblable eu égard à la description qui en a été
faite ».
Un ancien directeur de prison vient confirmer
devant le tribunal que les entraves photographiées
par les enquêteurs correspondaient à celles
pouvant être utilisées dans toutes les prisons
belges. La Cour a condamné les responsables
et auteurs du traitement infligé à Farid, mais le
ministère public a interjetté appel.
On se souvient que le ministère de la Justice, en
réaction aux lettres d’ Ashraf Sekkaki, a nié sur
tous les tons l’existence de telles pratiques dans les
164
sections de sécurité particulière et individuelle :
« Jamais un détenu ne doit se promener avec des
menottes aux mains et aux pieds ». Tout en laissant
la porte ouverte à leur utilisation : « L’utilisation de
menottes aux mains et aux chevilles est strictement
réglementée et est toujours motivée par une décision
individuelle. Ces décisions sont enregistrées et
consultables. L’utilisation de ces restrictions est
extrêmement rare, son utilisation est limitée aux
transferts vers la section et lorsqu’il est placé dans
la cellule de punition. Pour des raisons de sécurité et
pour la sécurité du personnel, qui, lui aussi, a droit
à la protection contre des crises d’agressivité, elles
peuvent être utilisées à l’intérieur de la section et
strictement limitées à la durée d’un déplacement.
Bien sûr, elles sont également utilisées par les forces
de police pendant le transfert d’un prisonnier.
Les services de police sécurisent le transport d’un
détenu et doivent prendre les mesures nécessaires.
Il semble logique que ce soient les services de police
qui décident, sur base de la dangerosité (d’évasion)
du détenu en question ». C’est un texte qui mérite
réflexion.
Ce que Farid Bamouhammad a vécu rappelle les
circonstances de la mort de Faycal Chaaban,
25 ans, à la prison de Forest le 24 septembre
2006. Multirécidiviste, incarcéré pour vol, il
était considéré comme « très agité », et avait
reçu plusieurs doses de neuroleptiques. Il avait
été retrouvé mort le lendemain. Avec ce détail,
rapporté par la presse : « Faycal Chaaban avait été
retrouvé mort dans sa cellule, torse nu et allongé
sur le dos, pieds et mains liés »117. L’expérience de
Farid vécue à Ittre montre comment la permission
d’utiliser « des menottes et entraves aux pieds et
aux mains » au nom de la sécurité – fût-ce par
« décision réglementée, motivée, enregistrée et
consultable » – peut être comprise comme une
permission officielle d’infliger les traitements
165
décrits plus haut, sans raison et ce pendant une
période de dix jours

…. “



About

Prison activist and editor. Currently preparing a book on the introduction of maximum security prisons in Belgium and Europe, including the practice of solitary confinement. In 2008, Luk started the Belgian Prisoners' Family & Friends Association. (http://familiesfriendsassociation.blogspot.be/ In 2009, with Farida Aarrass he launched the Campaign Free Ali Aarrass (www.freeali.eu ). In 2012 he organised the Committee of the Families of European detainees in Morocco (http://prisonnierseuropeensaumaroc.blogspot.be/). Luk Vervaet is the author of « Le making-of d'Anders B. Breivik » (Egalité=Editions, 2012), « Nizar Trabelsi : Guantanamo chez nous ? (Editions Antidote, 2014). He is co-author of « Kim et Ken, mes enfants disparus » (Editions Luc Pire, 2006), « Condamnés à la prison? Ecrits sur un monde caché » (Revue Contradictions, 2008) et « L'affaire Luk Vervaet : écrits sur un interdit professionnel » (Revue Contradictions, 2011). Contributions : « Etats généraux sur les conditions carcérales en Europe : La condition pénitentiaire, regards belges, français et européens"» (2010, éditions MGER) ; « The violence of incarceration: a response from mainland Europe »(2010, Race & Class) ; « Gevangenissen: spiegel van onze samenleving » (2013, MO Mondiaal Nieuws) Publishing house : www.antidote.be


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